Ah toi, sombre couleur du beau voile du soir,
Qu’enfants nous abhorrions dans le lit de la peur,
Qui n’est invisible que si rien ne la touche,
Nous t’aimons malgré tout, corset velu de mouche ;
Obscure lumière, du blanc tu es la sœur,
Dernière compagne, lorsque tout sera noir.
Et toi l’immaculé, roi très pur et troublant,
Ta lance glaciale transperce le silence,
Nous faisant frissonner comme tiges d’ombelle ;
Derrière ta fierté, ta fraîcheur nous révèle,
De splendides élans irisés d’innocence ;
Fusion de lumières, l’œil n’en voit que le blanc.
Ici jaillit le sang de l’ivresse d’un bouge ;
Crachant, riant, il sort, ce pourvoyeur de vie,
Maculant la blancheur d’un pourpre éclatant,
Ce ruisseau coléreux est en dehors du temps ;
Nos lèvres l’accueillent pour susciter l’envie,
Couleur attirante, c’est ta force, le rouge.
Un pâtis d’animaux, dès que finit l’hiver,
Imprime ses rides au vieux front de la plaine,
Mûrissant en secret sa subtile alchimie ;
Les vagues d’une mer depuis longtemps enfouie,
Vibrent divinement, faut-il qu’on s’en souvienne ;
Un vivant champ de mots, pour toi, le manteau vert.
O vastes océans, aux longs rebords sableux,
Vos fonds virant au noir dans des strideurs étranges,
Alors qu’en surface vous vous teintez de vert,
Le soir, d’un Râ rouge, vos flots sont recouverts ;
Grand mariage en blanc dans un ciel rempli d’anges,
Couleur, tu éclates, au fond de ces cieux bleus.
Ecrit en duo